Dr. J. Craig Venter - Genome mapper, realist

Do you have a God complex?

Quite the opposite. The more we study life and the diversity and complexity of it, I’m constantly humbled. It’s only because of the way the public perceives and has been introduced to concepts of life by religion that makes this work seem more extraordinary than it actually is. We’re at the early stages of groundbreaking in a new field and we have a very long way to go. I don’t think there is anything God-like about what we do.

What are you working on now?


We just reported the first synthetic chromosome for the code for bacteria but we have not yet been able to activate that chromosome in the cell. So right now we’ve accomplished the chemistry and we’re working on the next stage of trying to boot that up.

What’s the next step after that?

The next step is trying to answer some of the fundamental questions that we set out to do with this. You know, basic fundamentals of biology, but we want to see if we can apply it to seeing if we can develop new cell types that can produce fuels: second- and third-generation biofuels, for example. Ways to produce chemicals, ways to clean up the environment; they’re all possible applications.

How close are we to developing this kind of alternative fuel?


I doubt that it will be hydrogen. It will be something chemically similar to gasoline and jet fuel, and I think that’s likely to happen.… We already have cells that do that so it’s a question of whether we can scale up the production for the levels that are needed.

Can you really patent certain DNA sequences?


Well, very few people are patenting DNA sequences. There is not much value in that unless it’s something that codes for a specific drug, like insulin. What we’re patenting is all the new methodology that we’ve developed from making the sequences, and also the structures of the genomes in the cells that might produce something to replace taking oil out of the ground, I think, will be extremely valuable. But companies like Amgen and Genentech, they have patents on a few human genes, but it’s not the standard. But patents play a key role in commerce; it’s hard to have it without them.

How much of your recent boat trip was scientifically motivated, and how much was to get away from the fallout from the much-publicized Human Genome Race?

Oh, the whole purpose of the sailing trip was to do new science and to explore the world. The politics and the political nature of how some people behave don’t affect much in reality. It’s more of a nuisance than anything else, and that mostly stopped eight years ago, once we published the first genome. It’s always nice sailing out on the ocean, though. It clears your head of all kinds of crap.

Where would you rank your accomplishments among history’s great scientists?


I would rate my accomplishments… It’s probably nowhere on the magnitude of long-term impact. You know, my team has certainly put more new genes and genetic information into the public domain than any other group. We’ve led the sequencing of the human genome after doing the first genomes in history. And now we’re on our way to try and start this new field of synthetic life. We’re still going. I’m not ready for history to judge me yet. With biology, it’s the cumulative knowledge that you get through your life and your career that really helps you through the next stages. I think that’s why the accomplishments of my team just keep getting better. I have people like Ham Smith, the Nobel laureate, who is in his midseventies, who works every day at the lab. He’s done some of the best work in his career since his Nobel Prize. We’re trying to prove that there is a totally different model for intellectual activity in research. People that peak early in their careers, I feel sorry for them.

http://www.timeout.com/newyork/articles/i-new-york/26285/dr-j-craig-venter

Not God-like, But Still to be Worshipped

In this month’s issue of Time Out New York, a reporter asks Craig Venter if he has a God complex. Venter replies that there is nothing God-like about what he does. In the extended interview on the TONY website, Venter adds, “I’m not ready for history to judge me yet … People that peak early in their careers, I feel sorry for them.”

http://www.genome-technology.com/issues/blog/general/145165-1.html

Le temps des “mères porteuses”

LE MONDE | 09.02.08 | 14h14 • Mis à jour le 10.02.08 | 18h05

La psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, spécialiste de l’assistance médicale à la procréation, estime indispensable d’autoriser la pratique de la gestation pour autrui (GPA) en France.

La gestation pour autrui (GPA), qui s’adresse en premier lieu aux femmes présentant une pathologie utérine, va-t-elle entrer dans l’arsenal courant de la lutte contre la stérilité ?Très probablement. Environ 10 000 bébés conçus dans le cadre d’une GPA sont nés aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années, et cette pratique est désormais autorisée dans de nombreux pays. Depuis la première fécondation in vitro (FIV, 1984) et le premier don d’ovocyte (1988), la fonction maternelle, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, peut ainsi se répartir entre trois femmes distinctes : la mère “d’intention” (qui élèvera l’enfant), la mère “génétique” (qui donnera l’ovocyte si besoin est) et la mère “gestatrice”, terme aujourd’hui préféré à celui de “mère porteuse”. Ces nouvelles façons de faire des bébés vont d’autant plus se développer que personne, aujourd’hui, ne supporte l’infertilité. Pas plus les médecins “fivistes” que les couples parentaux.

Très probablement. Environ 10 000 bébés conçus dans le cadre d’une GPA sont nés aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’années, et cette pratique est désormais autorisée dans de nombreux pays. Depuis la première fécondation in vitro (FIV, 1984) et le premier don d’ovocyte (1988), la fonction maternelle, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, peut ainsi se répartir entre trois femmes distinctes : la mère “d’intention” (qui élèvera l’enfant), la mère “génétique” (qui donnera l’ovocyte si besoin est) et la mère “gestatrice”, terme aujourd’hui préféré à celui de “mère porteuse”. Ces nouvelles façons de faire des bébés vont d’autant plus se développer que personne, aujourd’hui, ne supporte l’infertilité. Pas plus les médecins “fivistes” que les couples parentaux.La France, où la pratique des “mères porteuses” est interdite par la loi bioéthique de 1994, est-elle en retard ?Dans ce domaine, oui. La pratique de la GPA est aujourd’hui légale - ou du moins régulée par la déontologie médicale - dans de nombreux pays. En Europe, plusieurs d’entre eux ont déjà légiféré : la Grande-Bretagne en 1998, la Grèce en 2000, la Finlande et la Belgique en 2007. Tous l’ont fait dans des conditions rigoureuses, certaines lois prévoyant pour la gestatrice le remboursement par l’Etat des dépenses médicales. Voire, comme en Grèce, un dédommagement financier.

Dans ce domaine, oui. La pratique de la GPA est aujourd’hui légale - ou du moins régulée par la déontologie médicale - dans de nombreux pays. En Europe, plusieurs d’entre eux ont déjà légiféré : la Grande-Bretagne en 1998, la Grèce en 2000, la Finlande et la Belgique en 2007. Tous l’ont fait dans des conditions rigoureuses, certaines lois prévoyant pour la gestatrice le remboursement par l’Etat des dépenses médicales. Voire, comme en Grèce, un dédommagement financier.Vous figurez parmi les rares psychanalystes à vous prononcer pour la GPA. Pourquoi estimez-vous urgent, en France, de légiférer à nouveau sur ce point ?Pour deux raisons majeures. La première, c’est que cet interdit représente une grave injustice vis-à-vis des femmes dont la stérilité est d’origine utérine, alors qu’on déploie par ailleurs une panoplie fabuleuse de traitements pour toutes les autres formes d’infertilité. La seconde, c’est que si on ne légifère pas, de plus en plus de couples se lancent dans des parcours hasardeux de “tourisme procréatif” pour trouver une femme susceptible de porter leur bébé. On estime qu’ils sont actuellement 300 à 400, chaque année, à faire ainsi appel à une aide étrangère. Or cette pratique, si elle n’est pas encadrée, présente des risques de dérives. Dans une GPA bien accompagnée, ce risque disparaît. C’est une histoire qui se déroule entre deux femmes, qui se connaissent tout naturellement. Certains protocoles prévoient même qu’elles se rencontrent plusieurs fois durant la grossesse.

Pour deux raisons majeures. La première, c’est que cet interdit représente une grave injustice vis-à-vis des femmes dont la stérilité est d’origine utérine, alors qu’on déploie par ailleurs une panoplie fabuleuse de traitements pour toutes les autres formes d’infertilité. La seconde, c’est que si on ne légifère pas, de plus en plus de couples se lancent dans des parcours hasardeux de “tourisme procréatif” pour trouver une femme susceptible de porter leur bébé. On estime qu’ils sont actuellement 300 à 400, chaque année, à faire ainsi appel à une aide étrangère. Or cette pratique, si elle n’est pas encadrée, présente des risques de dérives. Dans une GPA bien accompagnée, ce risque disparaît. C’est une histoire qui se déroule entre deux femmes, qui se connaissent tout naturellement. Certains protocoles prévoient même qu’elles se rencontrent plusieurs fois durant la grossesse.Pour les femmes ayant une pathologie utérine, peut-on imaginer une autre perspective que la GPA dans un avenir proche ?Non. La gestation intégrale en dehors du corps de la femme pose encore des problèmes techniques insurmontables, notamment pour suppléer l’ensemble des fonctions physiologiques assurées par le placenta et l’utérus. De même pour la greffe d’utérus, à laquelle personne ne croit vraiment. Et même si ces perspectives devenaient techniquement possibles, elles me semblent au plan psychologique infiniment plus lourdes que la GPA.

Non. La gestation intégrale en dehors du corps de la femme pose encore des problèmes techniques insurmontables, notamment pour suppléer l’ensemble des fonctions physiologiques assurées par le placenta et l’utérus. De même pour la greffe d’utérus, à laquelle personne ne croit vraiment. Et même si ces perspectives devenaient techniquement possibles, elles me semblent au plan psychologique infiniment plus lourdes que la GPA.Cette gestation “par autrui” ne risque-t-elle pas de compliquer les relations entre l’enfant ainsi conçu et sa mère légale, celle qui l’élèvera ?En anglais, il y a deux termes pour désigner la maternité : maternity et motherhood. Le premier désigne la mère proprement dite, et le second le “devenir mère”. Ce que la psychanalyse a montré, c’est que ce “devenir mère” ne coïncide pas forcément avec la seule grossesse. Celle-ci, bien sûr, représente un temps privilégié d’élaboration du processus psychique mis en oeuvre. Mais l’adoption montre bien que la grossesse n’est pas l’alpha et l’oméga de la maternité. Une mère d’intention peut sans difficulté devenir une excellente mère sans jamais avoir porté son bébé. Quant au vécu de l’enfant ainsi conçu, il est encore trop tôt pour le connaître. Mais les risques psychiques d’une telle situation ne sont pas, dans mon expérience clinique, plus grands pour l’enfant que dans d’autres formes modernes de procréation, tels le don d’ovocyte ou “l’accueil d’embryon”.

En anglais, il y a deux termes pour désigner la maternité : maternity et motherhood. Le premier désigne la mère proprement dite, et le second le “devenir mère”. Ce que la psychanalyse a montré, c’est que ce “devenir mère” ne coïncide pas forcément avec la seule grossesse. Celle-ci, bien sûr, représente un temps privilégié d’élaboration du processus psychique mis en oeuvre. Mais l’adoption montre bien que la grossesse n’est pas l’alpha et l’oméga de la maternité. Une mère d’intention peut sans difficulté devenir une excellente mère sans jamais avoir porté son bébé. Quant au vécu de l’enfant ainsi conçu, il est encore trop tôt pour le connaître. Mais les risques psychiques d’une telle situation ne sont pas, dans mon expérience clinique, plus grands pour l’enfant que dans d’autres formes modernes de procréation, tels le don d’ovocyte ou “l’accueil d’embryon”.Quelle place la mère gestatrice prendra-t-elle dans la vie de l’enfant, si cette situation, comme la FIV aujourd’hui, devient relativement banale ?En général, la gestatrice ne cherche pas à maintenir un lien étroit avec les parents d’accueil. Sa présence se limite souvent à une carte de voeux annuelle. Mais cela suffit à maintenir une sorte d’engagement moral, qui permettra, lorsque l’enfant sera plus grand, de lui parler de cette femme qui l’a mis au monde. A cet égard, les choses se passent de façon beaucoup plus simple dans les familles qui ont eu recours à une simple GPA que dans celles qui ont eu recours, de surcroît, à un don d’ovocyte. Car une grossesse ne dure que neuf mois, alors que les conséquences d’un don de gamètes se jouent sur plusieurs générations.

En général, la gestatrice ne cherche pas à maintenir un lien étroit avec les parents d’accueil. Sa présence se limite souvent à une carte de voeux annuelle. Mais cela suffit à maintenir une sorte d’engagement moral, qui permettra, lorsque l’enfant sera plus grand, de lui parler de cette femme qui l’a mis au monde. A cet égard, les choses se passent de façon beaucoup plus simple dans les familles qui ont eu recours à une simple GPA que dans celles qui ont eu recours, de surcroît, à un don d’ovocyte. Car une grossesse ne dure que neuf mois, alors que les conséquences d’un don de gamètes se jouent sur plusieurs générations.Si le recours à la GPA augmente trouvera-t-on suffisamment de femmes volontaires pour accepter cette mission ?Lorsqu’on les interroge sur leurs motivations, on s’aperçoit que ces “mères porteuses” ont presque toujours connu une histoire de filiation un peu atypique : ce sont souvent des femmes généreuses qui mettent en oeuvre, à travers ces gestations, un processus de réparation. De plus, la plupart d’entre elles adorent être enceintes. Il est donc probable que certaines femmes, si on leur en donne la possibilité, s’accompliront dans une GPA.

Lorsqu’on les interroge sur leurs motivations, on s’aperçoit que ces “mères porteuses” ont presque toujours connu une histoire de filiation un peu atypique : ce sont souvent des femmes généreuses qui mettent en oeuvre, à travers ces gestations, un processus de réparation. De plus, la plupart d’entre elles adorent être enceintes. Il est donc probable que certaines femmes, si on leur en donne la possibilité, s’accompliront dans une GPA.Pour les couples gays désireux d’avoir des enfants, la GPA représentera-t-elle une voie privilégiée ?Si les lois l’autorisent un jour, elle pourrait en effet constituer un palliatif à cette forme “sociologique” de stérilité masculine des couples homosexuels. De nombreux couples gays préféreront cette solution à l’adoption, car elle leur garantit que l’enfant à naître sera génétiquement lié à l’un des deux parents.

Si les lois l’autorisent un jour, elle pourrait en effet constituer un palliatif à cette forme “sociologique” de stérilité masculine des couples homosexuels. De nombreux couples gays préféreront cette solution à l’adoption, car elle leur garantit que l’enfant à naître sera génétiquement lié à l’un des deux parents.GPA, don d’embryons, homoparentalité… dans dix ou vingt ans, comment imaginez-vous les fêtes de famille ?Tous ces bouleversements font que la famille coïncide de moins en moins avec le couple procréateur. Une nouvelle forme de parenté est en train de se construire sous nos yeux : une famille non plus seulement de sang ni même d’héritage. Comme la procréation sera de plus en plus médicalisée - surtout si l’on continue à retarder l’âge du premier accouchement -, ces cas de figure ne feront que croître. Les réunions de famille deviendront donc de plus en plus “multicomposées”, de plus en plus sociales. Le tout, il faut l’espérer, dans la plus grande transparence.

Tous ces bouleversements font que la famille coïncide de moins en moins avec le couple procréateur. Une nouvelle forme de parenté est en train de se construire sous nos yeux : une famille non plus seulement de sang ni même d’héritage. Comme la procréation sera de plus en plus médicalisée - surtout si l’on continue à retarder l’âge du premier accouchement -, ces cas de figure ne feront que croître. Les réunions de famille deviendront donc de plus en plus “multicomposées”, de plus en plus sociales. Le tout, il faut l’espérer, dans la plus grande transparence.Propos recueillis par Catherine Vincent

 

LOIS DE BIOÉTHIQUEEn France, la loi du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain interdit la gestation pour autrui (GPA). Pour contourner cette interdiction, les couples se rendent dans un pays étranger où cette technique médicale est autorisée. Mais, à leur retour, ils ont des difficultés à faire enregistrer par l’Etat français la filiation de leurs enfants. Une affaire récente, qui concerne la situation juridique de jumelles nées d’une GPA en 2000, offre une ébauche de solution : le 25 octobre 2007, la cour d’appel de Paris a confirmé la transcription à l’Etat civil français des actes de naissance de ces deux enfants. La révision des lois de bioéthique est prévue pour 2009.
En France, la loi du 29 juillet 1994 relative au respect du corps humain interdit la gestation pour autrui (GPA). Pour contourner cette interdiction, les couples se rendent dans un pays étranger où cette technique médicale est autorisée. Mais, à leur retour, ils ont des difficultés à faire enregistrer par l’Etat français la filiation de leurs enfants. Une affaire récente, qui concerne la situation juridique de jumelles nées d’une GPA en 2000, offre une ébauche de solution : le 25 octobre 2007, la cour d’appel de Paris a confirmé la transcription à l’Etat civil français des actes de naissance de ces deux enfants. La révision des lois de bioéthique est prévue pour 2009.À LIRE

Famille à tout prix, de Geneviève Delaisi de Parseval. Ed. du Seuil, 400 p., 22 euros.

Porter l’enfant d’une autre

LE MONDE | 02.10.07 | 16h23 • Mis à jour le 10.02.08 | 18h08

Au départ, l’idée d’avoir recours à une mère porteuse était pour moi inacceptable. Mais la souffrance de ne pas pouvoir avoir d’enfant était si grande que je me suis mise à faire des recherches sur Internet et avec mon mari nous nous sommes lancés dans cette aventure que nous savions risquée.” Magalie (les prénoms ont été changés) revient des Etats-Unis. Son bébé a quelques semaines. Il a été conçu avec les gamètes de ses parents, mais porté et mis au monde par une “gestatrice”, une “nounou” comme l’appelle Magalie. Cette pratique de la “gestation pour autrui” (GPA) est interdite en France, mais autorisée dans certains Etats américains, ainsi qu’en Australie, en Israël, en Afrique du Sud, en Grèce et en Grande-Bretagne.

Magalie est venue témoigner de son expérience, samedi 29 septembre, lors d’une réunion organisée par l’association Maïa, spécialisée dans l’aide aux couples infertiles. Pour cette jeune femme qui a subi une ablation de l’utérus, la GPA était l’ultime solution pour avoir un enfant. “Nous avons tout trouvé par nous-mêmes : l’agence, l’avocat, la gestatrice, raconte-t-elle. Nous étions à l’hôpital pour l’accouchement, et j’ai pu prendre mon bébé dans les bras dès ses premiers instants.” De retour en France, son enfant a un passeport américain, mais n’a aucun lien officiel de filiation avec ses parents.

FAIRE AVANCER LE DÉBAT

“La GPA entraîne des problèmes juridiques très aigus, sans compter son coût financier très élevé”, constatent les responsables de l’association Maïa. Laurent et Patricia n’ont pour l’instant que faire de ces problèmes de filiation. Du fait d’une endométriose importante, Patricia ne peut pas être enceinte et fera “tout ce qu’il est possible de faire” pour devenir mère. “Toutes ces difficultés liées à la GPA, ça fait peur mais il faut s’accrocher”, estime Laurent. “On se fera discret, on prendra le passeport du petit et puis voilà. On attendra l’évolution de la législation”, envisage Patricia.

L’association Maïa, qui milite en faveur d’une légalisation encadrée de la GPA, compte sur la révision, en 2009, de la loi de bioéthique pour faire avancer le débat. “Un cadre législatif est nécessaire pour autoriser la GPA aux couples confrontés à des problèmes médicaux empêchant toute grossesse. Cela permettrait d’éviter les excès - agences commerciales jouant les intermédiaires, annonces sur Internet, etc. - auxquels ils peuvent être confrontés à l’étranger”, explique un membre de l’association.

La première enquête nationale sur ce sujet, menée en début d’année par l’Agence de la biomédecine, montre une opinion publique assez ouverte. 55 % des personnes interrogées estiment que “le fait qu’une femme en bonne santé prête son corps à un couple pour porter leur enfant et lui donner la vie” est acceptable, 53 % considèrent que la loi devrait autoriser cette pratique et 44 % pensent que le recours aux “mères porteuses” est déjà autorisé par la loi en France. “Personnellement, je ne sais toujours pas comment font ces femmes pour accepter d’être mère porteuse, avoue Magalie. Je n’ai pas eu d’élan d’amour vis-à-vis de ma nounou, mais c’est vrai qu’elle nous a donné cet enfant avec une générosité incroyable.”

Sandrine Blanchard

Article paru dans l’édition du 03.10.07

Né de mère porteuse, enfant de personne

LE MONDE | 31.10.06 | 15h56 • Mis à jour le 10.02.08 | 18h07

Lorsque la maîtresse a demandé d’où venaient les bébés, les élèves ont tous répondu en choeur : “Du ventre de leur maman.” Tous, à l’exception de Léa, 6 ans, qui a raconté à la classe ébahie qu’elle avait grandi dans le ventre d’une autre femme que celui de sa mère, mais qu’elle n’avait pas été adoptée. “Elle a dit naturellement, avec ses mots à elle, qu’elle avait été conçue dans le cadre d’une gestation pour autrui (GPA), explique sa mère, qui souhaite garder l’anonymat. Nous lui avons toujours dit que nous étions allés aux Etats-Unis, que son père avait fourni les petites graines, et qu’une femme, Mary, les avait ensuite portées, elle et sa soeur jumelle. Elle la connaît, car nous sommes allés lui rendre visite aux Etats-Unis.”

En 1998, le couple français, qui ne peut avoir d’enfants en raison d’une malformation congénitale de la mère, se rend en Californie pour entamer une procédure de “gestation pour autrui”. Deux ans plus tard, la troisième fécondation in vitro aboutit : la “gestatrice”, qui a déjà cinq enfants, est enceinte de jumelles. “La loi encadre très strictement chacune des étapes de ce processus, explique Mme B. Mary n’a pas été rémunérée, elle a simplement été défrayée pour les jours où elle ne travaillait pas. Au quatrième mois de grossesse, la Cour supérieure de Californie a rendu un jugement nous consacrant, avant même l’accouchement, “père et mère des enfants à naître”.” Munis des actes de naissance américains, M. et Mme B. repartent en région parisienne avec les bébés.SEUL COUPLE FRANÇAIS ASSIGNÉ EN FRANCE

Mais en France, la pratique des “mères porteuses” est interdite par la loi bioéthique de 1994. Depuis leur retour, les jumelles, comme tous les enfants nés par gestation pour autrui à l’étranger, vivent donc dans un no man’s land juridique : au regard du droit français, elles n’ont aucun lien de filiation avec leurs parents. “Ce sont des sans-papiers, soupire leur mère. Nous ne sommes pas leurs parents officiels et nous n’avons pas l’autorité parentale. Pour les inscrire à l’école, il a fallu faire intervenir un avocat car elles ne figurent pas sur le livret de famille. Nous élevons deux enfants que la justice et la société ne veulent pas reconnaître comme les nôtres.”

Les parents de Léa et Isa sont actuellement le seul couple français assigné devant la justice pour avoir eu recours à la gestation pour autrui. Saisi par le consulat général de France à Los Angeles, qui a refusé de transcrire les actes de naissance américains, le parquet de Créteil a ouvert, le 17 mai 2001, une information judiciaire pour “entremise en vue de la gestation pour le compte d’autrui” et “simulation ayant entraîné une atteinte à l’état civil d’enfants”. Trois ans plus tard, le juge d’instruction a rendu un non-lieu. Le parquet a entre-temps assigné le couple pour demander l’annulation de la transcription des actes de naissance, mais cette demande a été jugée irrecevable en 2005. Le dossier est actuellement à la cour d’appel de Paris.

Nul ne sait combien de couples français ont eu recours à une gestation pour autrui à l’étranger, mais le tourisme procréatif est désormais à portée de main : la Belgique, la Grande-Bretagne, la Grèce, le Canada et les Etats-Unis ont légalisé la pratique des mères porteuses. “Entre 1995 et 2000, on observe une tendance à la généralisation de la gestation pour autrui dans de nombreux pays”, constate Michael Handcock dans un rapport du Conseil de l’Europe.

NI INTERMÉDIAIRES RÉMUNÉRÉS, NI PUBLICITÉ

Dans ces pays, la GPA est très encadrée : la loi réserve cette pratique aux femmes ayant des problèmes médicaux avérés, elle fixe des limites d’âge pour la gestatrice et les parents intentionnels, et elle exige le consentement éclairé de tous. Les dossiers sont étudiés au cas par cas par une instance indépendante - un comité d’éthique en Grande-Bretagne, en Israël ou en Nouvelle-Zélande, une juridiction en Afrique du Sud et en Grèce -, qui est la seule à pouvoir délivrer une autorisation. La plupart des pays excluent toute rémunération, mais certaines législations prévoient le remboursement des dépenses médicales, voire une “compensation” correspondant aux contraintes liées à la grossesse. Les intermédiaires rémunérés et la publicité sont interdits.

Pour relancer le débat, les parents de Léa et Isa ont créé un comité de soutien qui propose l’“encadrement légal, médical et psychologique” de la gestation pour autrui, “seule réponse à de nombreuses formes d’infertilité, telles que les malformations utérines (congénitales ou consécutives à l’exposition au Distilbène), les conséquences des cancers de l’utérus.”

Le comité d’experts réunit notamment la philosophe Elisabeth Badinter, les professeurs de médecine Israël Nisand et Bernard Paniel, la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval et le professeur de droit Géraud de la Pradelle. Le comité de soutien, qui vient d’ouvrir un site Internet (http ://claradoc.gpa.free.fr), compte contacter les milieux politiques, médicaux et universitaires. “Il faut bien sûr fixer des règles et réserver la GPA aux infertilités médicales avérées, explique la mère de Léa et Isa. Mais nous pensons que la société est prête à accepter ce débat.”Pour Israël Nisand, professeur de gynécologie obstétrique au centre hospitalier universitaire de Strasbourg, les réticences face à la gestation pour autrui “feront un jour sourire nos petits-enfants”. Si une femme n’a pas d’utérus, elle devrait pouvoir solliciter un comité d’experts afin d’obtenir l’autorisation d’entrer dans un programme de maternité pour autrui. Il faut simplement veiller, explique-t-il, à encadrer cette pratique en excluant les demandes illégitimes - les femmes âgées par exemple -, en vérifiant que le consentement de la femme à porter un enfant pour autrui n’est en aucune manière contraint, et en prévoyant une indemnisation financée par l’Etat afin d’éviter les transactions privées.”

Anne Chemin

Article paru dans l’édition du 01.11.06