Robert Edwards - “there should be no limits for research on embryos”

Robert Edwards, biologiste britannique
“Il ne devrait pas y avoir de limites aux recherches sur l’embryon”
LE MONDE | 31.01.07 | 14h54 • Mis à jour le 31.01.07 | 14h54

ujourd’hui âgé de 82 ans, le biologiste britannique Robert Edwards doit sa célébrité internationale au fait d’avoir été le premier homme à obtenir des embryons humains par fécondation in vitro. Avec le docteur Patrick Streptoe, il a été à l’origine de la naissance, en 1978, de Louise Brown, premier “bébé éprouvette” au monde. Il n’a, depuis, jamais cessé d’exercer des responsabilités dans la communauté scientifique et dirige, avec le gynécologue obstétricien Jean Cohen, la revue Reproductive Bio Medicine On line.

Grâce à ses travaux, 3 millions d’enfants sont nés à travers le monde par procréation médicalement assistée. Différentes techniques ont aussi pu être mises au point, comme le diagnostic préimplantatoire et les recherches sur les cellules souches embryonnaires humaines, qui alimentent les principaux débats contemporains de bioéthique.

Comment vous êtes vous intéressé à la fécondation in vitro dans l’espèce humaine ?

J’ai initialement travaillé sur des animaux à l’Institut de génétique animale de l’université d’Edimbourg où j’ai obtenu un diplôme de physiologie en 1955. Ce n’est qu’au début des années 1960 que je me suis intéressé à la fécondation dans l’espèce humaine, à l’université de Cambridge. J’ai rapidement compris que rien, techniquement, ne s’opposait à une fécondation in vitro. Je l’ai obtenue en 1968. Après le développement embryonnaire au stade blastocyste, j’ai observé qu’il serait également possible d’en dissocier les cellules qui constituaient le bouton embryonnaire et que ces dernières pouvaient, selon les conditions, soit se reproduire sans fin, soit donner différents types de tissus humains. J’ai alors jugé nécessaire de collaborer avec le docteur Patrick Streptoe. Nous avons alors dû franchir de nombreux obstacles avant de maîtriser la technique destinée à lutter contre la stérilité. Sept ans se sont écoulés entre le premier transfert in utero d’embryon fécondé in vitro et la naissance, le 25 juillet 1978, de Louise Brown. Durant cette période, nous avons effectué entre 50 et 60 tentatives.

Aviez-vous alors conscience que ces travaux allaient immanquablement soulever des questions d’ordre éthique ?

Pour ma part, je ne crois plus en l’existence d’un dieu depuis l’âge de neuf ans. Disons que je savais que l’Eglise catholique condamnait et ne cesserait de condamner mes recherches puisqu’elle s’opposait à la manipulation des cellules sexuelles de l’espèce humaine. On m’a aussi reproché de ne pas avoir travaillé sur des singes avant de mener des recherches sur l’homme, alors même que les ovaires de guenon sont minuscules et très difficiles à ponctionner.

Pensez-vous que les diagnostics prénatal et préimplantatoire doivent, comme cela commence à être le cas, être utilisés de manière à prévenir systématiquement les naissances d’enfants porteurs de graves anomalies ?

Nous avons le droit d’éviter de telles naissances. Et je suis favorable à l’usage de ce qui pourrait conférer de meilleures aptitudes aux embryons fécondés et cultivés in vitro. Nous le faisons bien, avec l’éducation, après la naissance. Pour ma part, j’aimerais bien avoir l’aptitude de vivre cinquante ans de plus.

Estimez-vous qu’il y a des limites morales à l’instrumentalisation de l’embryon humain ?

Il ne devrait pas y avoir de limites aux recherches scientifiques rigoureuses et honnêtes sur l’embryon. Il faut ensuite confronter les résultats obtenus au sein de débats avec des éthiciens, des philosophes, des représentants de la société pour prendre des décisions quant à ce qui est ou non autorisé. Mais il ne faut pas se fixer de limites à l’avance. De ce point de vue, je ne partage absolument pas la conception française qui entend réfléchir a priori sur ce qui est ou non autorisé. Ce n’est absolument pas constructif. Vous réfléchissez quand nous agissons. J’observe d’autre part que lorsque l’on interdit à un jeune chercheur de travailler, il va ailleurs. En outre, il existe en Inde, en Chine ou au Japon des scientifiques qui vont très vite, très loin. Nous risquons fort d’être dépassés.

Propos recueillis par Jean-Yves Nau
Article paru dans l’édition du 01.02.07

France and GMO

La Confédération paysanne demande un moratoire sur les cultures d’OGM
LE MONDE | 23.01.07 | 15h35 • Mis à jour le 23.01.07 | 15h35

es OGM entreront-ils dans la campagne présidentielle ? C’est le voeu que forme la Confédération paysanne, qui lance, mardi 23 janvier, l’appel à un moratoire sur les cultures de plantes transgéniques. Inquiet des nombreux cas de contamination, le syndicat agricole souligne que les dommages en retombent sur les agriculteurs refusant le transgénique. “La présence d’OGM dans les produits peut remettre en cause la pérennité des systèmes agraires”, explique-t-il, ajoutant que le développement des OGM provoque de nouvelles faillites des petites exploitations.

La Confédération s’appuie sur une décision du conseil des ministres européens de l’environnement du 18 décembre. Celui-ci avait alors refusé de sanctionner l’Autriche, qui bannit la culture du maïs MON 810, le seul actuellement autorisé en Europe. La France ne s’est pas opposée à cette décision. Le Conseil soulignait que ce maïs n’a “pas subi une procédure d’autorisation conforme à la nouvelle directive” sur les OGM, la 2001-2018. Or l’autorisation du MON 810 expire en 2007.

Le syndicat agricole juge que ces différents éléments justifient que les semis n’en soient pas autorisés au printemps et se propose de démarcher les parlementaires réticents aux cultures transgéniques et les candidats à la présidentielle. Pour son action, il bénéficie de l’appui de Nicolas Hulot qui, lundi 22 janvier, a déclaré : “Dans la mesure où c’est pour moi l’esprit à la lettre du principe de précaution, que ça illustre aussi ce voeu que j’ai énoncé de mettre un terme à des logiques qui n’ont d’autre raison que l’espèce d’inertie culturelle dans laquelle nous sommes, je suis favorable à ce type de moratoire.”

Hervé Kempf

Stem cells, on stage

A new play explores how governments should handle research using chimeras
By Eva Amsen
[Published 12th January 2007 03:07 PM GMT]
The Scientist

It’s intermission, and everybody milling around me is talking about stem cells. We’ve just seen the first half of Chimera, a world premier play that explores the murky world of stem cell ethics and legislation — how lawmakers with no background in science should decide what to ban, and what to permit. The first act ends with a debate that includes voices ranging from those with deeply held convictions to those who still haven’t formed a clear opinion. Now, I’m hearing audience members echo all sides of this debate as we stand in line for coffee, waiting for the action to resume.

The new play centers on journalist Roy Ruggles (played by David Jansen), who sees an opportunity for a great article when his childhood friend, the current Minister of Justice Clare McGuire (Philippa Donville), is grilled by conservative Member of Parliament George Fanning (David Fox) about her opinion towards a nearby lab that is injecting human embryonic stem cells (ESCs) into monkey brains.

It’s not every theater audience that gets, tucked in with their playbills, a copy of their country’s legislation governing the derivation of stem cells and a primer on the use of those cells in research; we did. As mentioned in the play, in Canada it is legal to graft human ESCs into non-human animals as long as they are not used for reproductive purposes, but it is not legal to graft non-human stem cells into a human embryo or fetus.

The play comes at a propitious time: In recent months, the UK has been embroiled in a debate over whether to permit research using human-animal hybrid embryos. In 2004, Cambridge researchers combined human nuclei with frog eggs. Yesterday (January 11), the UK’s embryology regulator decided to delay any decisions on whether or not to permit the research until autumn, allowing time to conduct a thorough public consultation.

In the course of the play, Roy tracks down scientist Nell Harrier (Joan Gregson), who reluctantly explains her research project. She uses primates as a model to study autism, and recently grafted rhesus monkey brains with human ESCs to “humanize the research model.” George Fanning challenges Clare McGuire to review the current legislation on the creation of such chimeras, which he finds too permissive. Meanwhile, Nell Harrier defends the use of stem cells for therapeutic research, and complains about the ever constricting guidelines for grant applications.

In all, Nell Harrier is quite a believable scientist. She is to the point, dedicated to her research, and would rather work in peace than talk to journalists or politicians (something to which I believe many scientists can relate). However, we never actually see her at work: She is either gardening or visiting Parliament Hill. Nell’s unrealistic visits to Parliament Hill are surprisingly in line with recent developments in Canadian research funding. In a response to announced budget cuts for 2007/2008, the Canadian Institute for Health Research (CIHR) has encouraged researchers to talk to politicians about the work they’ve been doing with government grant money, to convince policy makers to free up more future funding.

Though the subject is science, Chimera is ultimately a play about politics and policies. This isn’t surprising, considering that playwright Wendy Lill was a Member of Parliament from 1997 to 2004, and likely drew from her own experience while crafting the play. To ensure the accuracy of the scientific and ethical details, she enlisted the help of several experts: Thanks to Françoise Baylis (Bioethics and Philosophy, Dalhousie University) and Jason Scott Robert (Centre for Biology and Society, Arizona State University), among others, the audience received accurate information about the pluripotent and adaptable nature of stem cells, and other technical topics.

Chimera runs at the Tarragon theatre in Toronto until February 11th, 2007.

Eva Amsen is a Ph.D. candidate in Biochemistry at the University of Toronto and Hospital for Sick Children, studying signaling pathways involved in melanin synthesis and transport.

Photography by John Currid, on Homepage
Pictured: Joan Gregson as Nell Harrier and Philippa Domville as Clare McGuire.

Eva Amsen
mail@the-scientist.com

Links within this article:

C. Kittredge, “A question of chimeras,” The Scientist, April 11, 2005
http://www.the-scientist.com/article/display/15405

Bill C-6: Assisted Human Reproduction Act
‘http://www.parl.gc.ca/common/bills_ls.asp?Parl=37&Ses=3&ls=c6′

Updated Guidelines for Human Pluripotent Stem Cell Research, June 28, 2006
http://www.cihr-irsc.gc.ca/e/31488.html

E. Ungar, “Canadian stem cell bill passed,” The Scientist, October 30, 2003
http://www.the-scientist.com/article/display/21744/

S. Pincock, “UK hybrid loophole exposed,” The Scientist, June 2, 2004.
http://www.the-scientist.com/article/display/22210/

S. Pincock, “UK delays hybrid embryo decision,” The Scientist, January 11, 2007
http://www.the-scientist.com/news/home/40757/

CIHR President Alan Bernstein encourages researchers to talk to MPs
http://www.cihr-irsc.gc.ca/e/32524.html

Wendy Lill biography
http://www.writers.ns.ca/Writers/wlill.html

Françoise Baylis
http://bioethics.medicine.dal.ca/WhoWeAre/Baylis.htm

Jason Scott Robert
http://sols.asu.edu/faculty/jrobert.php

Tarragon Theatre
http://www.tarragontheatre.com

EM Amsen et al., “The guanine nucleotide exchange factor CNrasGEF regulates melanogenesis and cell survival in melanoma cells,” Journal of Biological Chemistry, Jan 2006
http://www.the-scientist.com/pubmed/16272156

University of Toronto, Department of Biochemistry
http://www.biochemistry.utoronto.ca/research/index.html

Hospital for Sick Children, Program in Cell Biology
http://www.sickkids.ca/rotin/default.asp

Stem-cell research - The Economist

Find More Like This Clones to the right of me, jokers to the left

The Economist, 1/13/2007, Vol. 382, Issue 8511

The study of genetic chimeras should be encouraged, not banned

There is something about the study of embryonic stem cells that brings out the “F” word. That word, unlike the embryonic cells themselves, is nothing to do with reproduction. It is “Frankenstein”.

The reason embryonic stem cells are valued by scientists is that the cells’ descendants can turn into any other sort of body cell. Moreover, if the embryo from which such cells were derived happened to be a clone of an existing person, they would not be recognised as foreign by the immune system of their progenitor and might thus be used as treatments for diseases that require the replacement of a particular, lost cell type. In this context, grant-hungry researchers usually bring up the examples of diabetes, motor-neuron disease and Parkinson’s disease.

Embryonic stem-cell research has been a contentious matter in America ever since the technology to do it was developed in 1998. In 2001 George Bush restricted the use of federal money for it, on the grounds that collecting the cells involves destroying the embryo they are in. The new Congress is attempting to reverse that decision, though whether it can muster the necessary supermajority is moot. But Britain has, in most scientists’ eyes, behaved rationally towards stem-cell research–overseeing and regulating what is going on, but not actually banning very much. That now risks changing.
Do no harm, and then do good

Human clones have yet to be made. Even if they were, it would be illegal to bring them to term and thus produce a cloned human being. But Britain is caught up in a kerfuffle about an even more esoteric idea, and that threatens its hard-earned reputation for hard-headedness about the field.

To make a cloned embryo would require a human egg into which a cell nucleus from the progenitor could be inserted. However, something similar could probably be made by inserting the nucleus of a human cell into the egg of another species, such as a rabbit. The nuclear genes of the result would be human, but a handful of other genes, which inhabit structures outside the nucleus, called mitochondria, would be inherited from the rabbit. Genetically mixed embryos are referred to even by scientists as chimeras, after a monster from ancient Greek mythology. Perhaps that shows a lack of public-relations nous. But researchers think the presence of a small amount of animal mitochondrial DNA in a chimera would be greatly outweighed by the ability to produce lots of them.

In Britain the job of pronouncing on whether such research should be allowed falls to the Human Fertilisation and Embryology Authority. It was supposed to make up its mind on January 11th. Unfortunately, it failed to do so, citing the need for more consultation. The British government is proposing to ask Parliament to ban the procedure, and a cynical interpretation of this non-decision might be that a supposedly independent authority is kow-towing to government whim (article). The government seems terrorised by tabloid cartoons of Frankenbunnies. That, though, may in the longer term be a public-relations error, as well as a scientific one.

The best test of whether something should be banned is not “is it distasteful?” but “is anyone harmed?” Tastes change. Transplanting organs from the dead to the living was regarded by some as immoral, until it started saving lives. So was in vitro fertilisation, until it started creating them. An embryo whose cells have human nuclei and rabbit mitochondria is not a monster. If its brief existence helps, directly or indirectly, to save lives, permission to create it should be given. And if the process is slowed down, then public opinion, which may be sceptical now, will ask in the future, “Why the delay?”

Robert Lanza confirme les résultats de son équipe dans la production de cellules souches

LE MONDE | 04.01.07 | 14h17 • Mis à jour le 04.01.07 | 14h17

la fin du mois d’août 2006, des biologistes dirigés par le docteur Robert Lanza et travaillant pour la société américaine Advanced Cell Technology (ACT) annonçaient, dans la revue Nature, qu’ils étaient capables de produire des cellules souches embryonnaires humaines sans destruction des embryons utilisés. Trois mois plus tard, Nature revenait sur cette publication, les chercheurs apportant à cette occasion une série de “clarifications” qui n’ont fait que jeter le trouble et le doute sur le travail accompli.

Interrogé sur cette affaire, le docteur Robert Lanza a apporté quelques précisions. “A l’occasion de notre publication d’août, explique-t-il, le bureau de presse de Nature a envoyé un communiqué de presse erroné à certains journalistes. Or, selon la procédure habituelle de Nature, les auteurs ne peuvent pas voir le texte et nous n’avons donc pas pu le relire avant publication. En novembre, nous n’avons communiqué aucune nouvelle information. Nous avons seulement apporté des clarifications sur certains points qui auraient dû être évidents en lisant l’article.”

Pour le docteur Lanza, après le scandale du Sud-Coréen Hwang - qui portait également sur la production de cellules souches embryonnaires humaines -, Nature savait que l’article soumis serait examiné au peigne fin. Il a été, dit-il, “examiné à la loupe” et son contenu jugé “irréprochable” par des experts internationaux.

“Cela n’a rien à voir avec l’affaire Hwang, qui était de la fraude pure et simple, ajoute le biologiste. Mais certains journalistes semblent prendre comme argent comptant des informations fausses ou ambiguës. La vérité est qu’après une réévaluation critique et une relecture par des pairs, relecteurs et éditeurs n’ont trouvé aucune erreur dans le manuscrit malgré une désinformation ambiante, fruit d’un amalgame entre politique et science.”

En pratique, l’addenda publié fin novembre 2006 par Nature ne correspondait donc à aucune modification de caractère scientifique. “Le seul changement important consistait à intégrer dans l’article “papier” un tableau supplémentaire qui apparaissait dans la version “en ligne”, explique Robert Lanza. Mais personne n’avait prévu le tonnerre médiatique que tout ceci a généré.”

Aujourd’hui, il confirme que son équipe peut produire des lignées de cellules souches embryonnaires humaines sans détruire d’embryons. “J’ai récemment présenté des données sur ce sujet devant l’Académie nationale des sciences à Washington, précise le biologiste. J’ai montré des cellules souches dérivées d’embryons de huit cellules, et ce via le prélèvement d’une seule d’entre elles. Les embryons n’ont pas été détruits et ont continué à se développer. Ils sont actuellement congelés à un stade de développement de 5 jours et restent potentiellement vivants au même titre que tous les embryons congelés des cliniques de fécondation in vitro.”

ACT mène aujourd’hui une série d’études précliniques visant à démontrer que les cellules souches embryonnaires humaines peuvent être utilisées pour traiter des cas cliniques graves, notamment des maladies cardio-vasculaires ainsi que des affections oculaires de nature neuro-dégénérative.

Jean-Yves Nau
Article paru dans l’édition du 05.01.07

La pratique du “bébé-médicament” peut être mise en œuvre en France

LE MONDE | 28.12.06 | 16h36 • Mis à jour le 28.12.06 | 17h02

lus de deux ans après sa promulgation, la loi de bioéthique du 6 août 2004 commence à entrer dans les faits. C’est ainsi que l’une de ses dispositions les plus importantes et les plus contestées – dans les milieux proches de l’Eglise catholique notamment –, la pratique dite du “bébé-médicament”, va pouvoir commencer à être mise en œuvre par les équipes spécialisées autorisées à effectuer des diagnostics préimplantatoires (DPI).

L’Agence de biomédecine a explicité, mercredi 27 décembre, les termes d’un décret relatif au diagnostic prénatal et au DPI, paru au Journal officiel du 23 décembre. Ce décret était attendu avec impatience par les équipes médicales et scientifiques concernées, qui redoutaient que certains proches collaborateurs de Dominique de Villepin, aux convictions religieuses bien ancrées, ne fassent pression pour retarder autant que possible la publication de ce texte, qui avait été ardemment défendu par le député Pierre-Louis Fagniez (UMP, Val-de-Marne), rapporteur de la loi de bioéthique de 2004.

La pratique du “bébé-médicament” constitue une nouvelle étape dans la jeune histoire du DPI. Autorisé par les lois de bioéthique de 1994, ce dernier a commencé à être mis en œuvre en France au début des années 2000. Il consiste à analyser le patrimoine génétique d’embryons conçus in vitro à partir des cellules sexuelles de couples présentant un risque de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique grave et incurable.

SOIGNER UNE SŒUR OU UN FRÈRE AÎNÉ

Les embryons porteurs de l’anomalie génétique sont détruits, mais peuvent aussi, depuis peu, être utilisés à des fins de recherches. Environ 150 DPI sont aujourd’hui pratiqués chaque année, en France, par les trois centres autorisés (Paris-Clamart, Strasbourg et Montpellier). Ils aboutissent à une trentaine de naissances.

Le DPI pourra dorénavant être utilisé non seulement pour faire naître des enfants sains dans des familles à risques, mais aussi pour faire naître des enfants correspondant à des caractéristiques biologiques très précises. Il s’agit, dans ce cas, de faire en sorte que ces enfants, au moment de leur naissance, puissent fournir des cellules-souches, prélevées dans le sang du cordon ombilical, afin de soigner une sœur ou un frère aîné souffrant de certaines formes d’affections malignes du sang.

L’Agence de biomédecine précise que ce dispositif est mis en œuvre “à titre expérimental”, les autorisations ne pouvant être données que si les dossiers présentés répondent à une série de critères, au premier rang desquels figure “le caractère incurable de la maladie entraînant le décès dès les premières années de la vie”. Une telle pratique est d’ores et déjà autorisée en Grande-Bretagne, en Belgique, en Espagne, ainsi qu’aux Etats-Unis. Elle est, en revanche, prohibée dans de nombreux pays européens, parmi lesquels l’Italie et l’Allemagne.

Outre le fait qu’elle marque une nouvelle étape dans le processus de réification de l’embryon humain, les opposants à cette pratique mettent en avant les conséquences psychologiques chez les enfants qui apprendront qu’ils n’ont été conçus et sélectionnés in vitro que dans le but de soigner leur frère ou leur sœur. A l’inverse, ses partisans insistent sur les nouvelles perspectives thérapeutiques ouvertes et rappellent que les couples concernés auront donné, par écrit et à plusieurs reprises, leur consentement.

Un second décret d’application de la loi de bioéthique, également paru au Journal officiel, concerne les dons de cellules sexuelles (ou gamètes) et l’assistance médicale à la procréation (AMP). Ces pratiques seront dorénavant placées sous l’autorité de l’Agence de biomédecine. En 2004, sur près de 800 000 naissances, on recensait environ 12 300 enfants issus de fécondation in vitro et 5 600 enfants issus d’insémination artificielle.

L’Agence de biomédecine sera aussi chargée d’autoriser ou non les “déplacements transfrontaliers” d’embryons humains conçus in vitro et conservés par congélation. Il s’agit d’éviter les trafics et, notamment, de faire en sorte que l’AMP ne puisse, sur le sol français, bénéficier à des couples qui ne soient pas composés, comme le veut la loi, “d’un homme et d’une femme en âge de procréer”.

Jean-Yves Nau

Article paru dans l’édition du 29.12.06

Les Etats-Unis pourraient autoriser la vente de produits issus d’animaux clonés

LE MONDE | 29.12.06 | 16h22 • Mis à jour le 29.12.06 | 16h22

a viande et le lait issus d’animaux clonés et de leurs descendants sont tout aussi sains que les produits alimentaire classiques. Telle est la conclusion d’une étude de risque rendue publique, jeudi 28 décembre, par la Food and Drug Administration (FDA) américaine, chargée de la sécurité alimentaire.

Ce rapport ouvre la voie à la levée aux Etats-Unis d’un moratoire datant de 2001 sur les produits issus du clonage des animaux d’élevage. La procédure réglementaire américaine prévoit la consultation du public pendant 90 jours avant que la mise sur le marché soit décidée, ce qui pourrait donc se faire avant la fin 2007, selon la FDA.

La FDA rejoint les conclusions d’un rapport de l’Académie américaine des sciences datant de 2002 qui ne relevait pas de différence substantielle entre les produits animaux issus d’élevage classique et ceux provenant de clones. Cependant, en ce qui concerne les ovins, le manque de données disponibles a conduit la FDA a recommander de ne pas utiliser les clones de moutons dans l’alimentation humaine.

Par ailleurs, la question d’un étiquetage spécifique pour les produits issus du clonage n’est pas tranchée.

Les associations de consommateurs américaines sont hostiles à la mise sur le marché de tels aliments. Le Center for Food Safety a ainsi adressé, début décembre, une pétition à la FDA dans laquelle elle soulignait les incertitudes concernant ce nouveau type d’aliments ainsi que les questions de bien-être animal posées par la technique du clonage. Celle-ci aboutit fréquemment à la production d’animaux atteints de diverses pathologies, qui nécessitent l’usage massif de médicaments, lesquels, redoutent les associations, pourraient se retrouver dans la chaîne alimentaire.

L’industrie agroalimentaire est consciente de la réticence des consommateurs. Dans un communiqué en date du 28 décembre, l’Association des produits laitiers rappelle que “le clonage est une technologie de niche”. “Il reste à voir si les agriculteurs vont l’adopter”, note-t-elle, ajoutant que “le lait issu des vaches clonées ne présente pour l’heure aucun bénéfice pour le consommateur”.

TECHNOLOGIE ONÉREUSE

La technique du clonage consiste à produire une copie d’un animal en introduisant le matériel génétique d’une de ses cellules dans un ovule préalablement énucléé, l’embryon ainsi formé étant ensuite introduit dans une mère porteuse. La brebis Dolly, née en 1997, a été le premier clone issu d’une cellule adulte, technique ouvrant la voie à la production en série de clones d’animaux auxquels leurs qualités remarquables ont valu d’être sélectionnés.

A ce jour, le clonage reste une technologie délicate à mettre en oeuvre et onéreuse. Fin 2005, on estimait à 1 500 le nombre de clones nés dans le monde. Si bien qu’on n’envisage pas la commercialisation des clones eux-mêmes, mais de leur descendance. Selon la FDA, citée par le Washington Post, le cheptel d’animaux clonés aux Etats-Unis serait actuellement de 600 vaches et 200 porcs. Le coût de production d’un animal cloné est évalué à 15 000 euros.

Les produits issus du clonage animal pourront-ils être exportés ? Leur introduction en Europe devrait être soumise à autorisation. En France, la commercialisation de tels produits n’est pas à l’ordre du jour. En octobre 2005, un rapport de l’Agence française sur la sécurité sanitaire des aliments (Afssa) estimait que “les données acquises, notamment sur le lait et la viande, suggèrent que les animaux descendants des clones, qui sont les seuls susceptibles d’être proposés aux consommateurs, peuvent être traités comme leurs équivalents issus des méthodes de reproduction classiques” (Le Monde du 29 novembre 2005).

L’Afssa recommandait cependant des examens “plus approfondis”, conduits sur les clones et leurs descendants “pendant plusieurs générations”, avant de pouvoir généraliser ces résultats.

L’Afssa était favorable à la création de troupeaux de clones et de leurs descendants, afin d’être en mesure de discerner d’éventuels effets du clonage sur le long terme. L’Agence suggérait en outre la création d’un comité de surveillance chargé de suivre les travaux effectués par les différents laboratoires chargés d’étudier ces effets secondaires.

Hervé Morin
Chronologie

1952 : premier clonage sur un vertébré, une grenouille, par transfert de cellules embryonnaires dans des oeufs énucléés.

1984 : clonage en grande-bretagne d’un mouton par séparation des cellules d’un embryon.

1997 : naissance au Roslin institute D’Edimbourg de la brebis Dolly, premier mammifère obtenu par clonage d’une cellule prélevée sur un animal adulte.

1998 : naissance en France de Marguerite, vache clonée à partir d’une cellule musculaire de foetus. Elle meurt après 50 jours.

2000 : naissance aux Etats-Unis et au Japon des premiers porcelets conçus par clonage.

2001 : naissance au Texas de Carbon Copy, premier chat cloné.

2003 : des chercheurs italiens annoncent l’obtention du premier cheval cloné.