Australia and the Therapeutic Cloning Ban

Australia lifts therapeutic cloning ban

By Rod McGuirk, Associated Press Writer | December 6, 2006

CANBERRA, Australia –Lawmakers rejected the moral views of their political leaders Wednesday and lifted a four-year ban on cloning human embryos for stem cell research — legislation that could put Australia at the forefront of research into diseases such as diabetes and Alzheimer’s.

Prime Minister John Howard, his two deputies and the leader of the major opposition party all argued the sanctity of human life must take precedence over potential cures for conditions that also include Parkinson’s disease, spinal cord injuries and arthritis.

But lawmakers in the House of Representatives took advantage of a rare non-party-line vote Wednesday to side with medical researchers, voting 82 to 62 to scrap the ban. The bill was passed by the Senate last month by a razor-edge 34 to 32.

The new law allows therapeutic cloning, the splicing of DNA from skin cells into eggs to produce stem cells, also known as master cells, which are capable of forming all the tissues of the human body. The cloned embryos cannot be implanted in a womb and must be destroyed within 14 days.

The senator who drafted the bill, former Health Minister Kay Patterson, said it will slow a brain drain of scientists and enable Australian medical researchers to work with peers in countries where therapeutic cloning is allowed, including the United States, Britain and Singapore.

“We don’t have a whole lot of stem cell research centers in Australia, but what I think we’ve done now is stemmed the tide of people leaving and enabling people to come back,” Patterson told reporters.

“What I hope we see is an ability to work with people in the United States, Singapore and Britain to actually come together to produce some research,” she added.

She predicted progress will be slow as government health and science authorities draft guidelines for egg donations and researchers apply for strictly regulated licenses, as well as funding.

“We’re not going to see a slather of experiments and research,” Patterson said. “We’re going to see steady, incremental work in this area both here and overseas.”

Britain became the first country to legalize the cloning of human embryos for stem cell research in 2001.

The Bush administration has banned federal funding for research on stem cell lines developed after August 2001, but cloning embryos for research is being attempted in the U.S. with private money.

The U.S. experience with therapeutic cloning was repeatedly raised by lawmakers both for and against lifting the ban during a three-day debate.

Opposition lawmaker Duncan Kerr, who supports therapeutic cloning, told Parliament he discovered during a visit to the United States before the elections last month that embryonic stem cell research was popular with voters.

“It was overwhelmingly the case that public opinion supported those candidates who identified themselves in favor of permitting stem cell research rather than prohibiting it,” Kerr said.

Another opposition lawmaker, Alan Griffin, said Parliament’s decision to tackle the issue of therapeutic cloning was better than “the blinkered American approach where federally funded research is limited and hamstrung but anything is possible in the privately funded sector.”

A fellow opposition supporter of therapeutic cloning, Ann Corcoran, described the American system as “a hotchpotch of regulation” that lacked the Australian spirit of cooperation between federal and state governments.

But opposition legislator Warren Snowdon described the United States as “a less restrictive regulatory environment” that had already drawn several prominent Australian stem cell scientists. Snowdon voted for lifting the ban.

Parliament passed Australia’s first laws on stem cell research in 2002, allowing scientists to extract stem cells from spare embryos intended for in vitro fertilization but preventing cell cloning.

Bernie Tuch, a Sydney scientist who is using stem cell research to try to create insulin-producing cells as a therapy for diabetes, said recently Australia could become a leading research center under the new law.

“What it will do is remove blocks to allow pathways of research and discovery in the longer term to be explored in Australia,” Tuch told The Associated Press after the Senate passed the bill last month.

OGM : Bruxelles réclame des sanctions contre la France

OGM : Bruxelles réclame des sanctions contre la France
LE MONDE | 12.12.06 | 14h56
La Commission européenne a demandé, mardi 12 décembre, à la Cour de justice européenne d’infliger à la France de lourdes sanctions financières - une amende de 38 millions d’euros plus une astreinte journalière de plus de 360 000 euros - , pour non transposition d’une directive sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).”Nous ne pouvons plus attendre”, indiquait une porte-parole de Stavros Dimas, le commissaire à l’environnement. La Cour aura quelques mois pour trancher, mais il est probable qu’elle suive la Commission, quitte à modifier le montant des sanctions.

La France est menacée de cette lourde punition en raison de la non-transposition depuis quatre ans d’une législation européenne adoptée en 2001 relativement à l’autorisation et la dissémination des OGM, dite 2001-18. Faute d’avoir transposé cette directive dans les deux ans requis, la France avait été condamnée une première fois en juillet 2004 par la Cour de justice européenne.

Explication : depuis 2001, les différents gouvernements qui se sont succédé en France n’ont pas réussi à établir le cadre juridique indiscutable qui permettrait d’apaiser la querelle sur les OGM. Le projet de transposition est resté en sommeil jusqu’à ce qu’en 2004 la Cour de justice européenne envoie un premier coup de semonce avec une condamnation - encore symbolique - de la France. La machine administrative s’est alors réveillée, et un texte a été mis sur les rails. Mais, au lieu de procéder à de larges consultations auprès des parties intéressées comme c’est souvent le cas, le gouvernement a privilégié un tête-à-tête avec la profession semencière. Il n’a pas noué de relation de confiance avec les associations écologistes ou de consommateurs. Pendant ce temps, les destructions de cultures et autres actions des militants anti-OGM continuaient à défrayer la chronique, tandis que de premières cultures commerciales se mettaient en place. Plus de mille hectares de maïs transgénique sont cultivés en France : si la variété transgénique utilisée a été autorisée, les conditions mêmes de la culture n’ont pas un statut juridique clair en l’absence d’une loi régissant les OGM.

Début 2006, c’est par la députée Geneviève Gaillard (PS, Deux-Sèvres), que le projet de loi a été connu : ses dispositions ont suscité les protestations des associations, mais aussi de plusieurs parlementaires. “Ce projet pose un énorme problème en terme de constitutionnalité avec la charte de l’environnement”, affirmait Geneviève Gaillard.

Le texte a été adopté par le Sénat en mars, mais son inscription à l’Assemblée nationale a ensuite été plusieurs fois reporté. Officiellement en raison d’un calendrier surchargé, mais aussi parce que plusieurs députés UMP, dont Nathalie Kosciusko-Morizet (Essone), ont émis des réserves sur le texte, qui ne garantissaient pas son adoption sans heurt.

Au ministère de la recherche, qui pilote le projet de loi, on indique qu’aucune date d’examen par l’Assemblée n’a encore été fixée. La France risque de se voir condamnée par l’Europe. La Cour devrait statuer sur les peines encourues au premier trimestre 2007, avant une condamnation ferme à la fin de l’année.

Ce contentieux s’ajoute à d’autres dossiers brûlants entre Paris et Bruxelles dans le domaine de l’environnement. Après de multiples pressions françaises, la Commission a reporté en janvier la saisine de la Cour à propos du non respect en Bretagne des règles concernant les émissions de nitrate. La commission doit également lancer, mardi, une procédure d’infraction contre la France, car celle-ci n’a toujours pas transmis son plan d’allocations de quotas de CO2 pour la période 2008-2012. Voici deux semaines, la France avait retiré in extremis son projet, de peur de le voir trop fortement amendé par Bruxelles. Elle s’apprêterait à notifier “très bientôt” un nouveau plan.

Hervé Kempf et Philippe Ricard (bureau européen)

Chronologie

17 avril 2001. Publication au Journal officiel des communautés d’une directive sur la dissémination des OGM.

17 octobre 2002. Date à laquelle la transposition devait être achevée.

15 juillet 2004. Première condamnation de la France par la Cour de justice européenne pour non-transposition.

21 octobre. Jacques Chirac annonce un projet de loi de transposition.

8 février 2005. Un projet de loi controversé passe au conseil des ministres.

23 mars 2006. Le Sénat adopte le projet de loi en première lecture.

Soldiers and Nanotechnologies

L’armure des soldats du XXI e siècle sera nanotechnologique - http://web.mit.edu/ISN/
LE MONDE | 09.12.06 | 14h46 • Mis à jour le 09.12.06 | 14h46

Les nanotechnologies pourraient autant transformer l’art de la guerre que l’invention de la poudre à canon. L’armée américaine en est persuadée et entend doter ses hommes de l’uniforme du XXIe siècle.

A Cambridge, aux Etats-Unis, 160 personnes y travaillent dans un lieu, l’”Institute for Soldier Nanotechnologies”, créé il y a trois ans par des équipes du Massachusetts Institute of Technology et auquel participent des partenaires industriels tels Dupont, Partners Healthcare et Raytheon. Le centre a reçu un contrat du département de la défense de 50 millions de dollars pour cinq ans. ” Nos chercheurs veulent transformer l’uniforme de coton et les lourds gilets pare-balles en un assemblage de systèmes intégrés composés de nanoparticules qui se trouveront dans l’uniforme, les casques, les gants et protégeront les soldats”, explique Franklin Hadley, porte-parole de l’ISN.

Pas moins de sept grands programmes de recherche sont menés en parallèle. L’un des projets les plus avancés est celui de l’armure dynamique, qui permettra aux matériaux souples de devenir instantanément rigides. Une autre équipe a développé des structures moléculaires capables de s’ouvrir et de se fermer quand elles reçoivent une impulsion électrique. Des millions de ces molécules, associées entre elles, pourraient se transformer en muscles supplémentaires pour donner aux soldats “plus de force pour porter ou sauter”. M. Hadley souligne que des progrès spectaculaires ont été réalisés pour mettre au point des senseurs capables de détecter et déclencher une réponse immédiate à des attaques chimiques et biologiques. Une équipe cherche également à développer des tissus comprenant des antiviraux. Des nanoparticules s’assemblent pour produire des substances détruisant les toxiques. D’autres les repèrent dans l’atmosphère et deviennent fluorescentes.

L’uniforme du futur de l’armée américaine pourra également soigner automatiquement les hémorragies, les fractures, éviter les infections. Dans des expériences faites sur des animaux, des chercheurs de l’Institut ont trouvé un moyen d’arrêter les saignements, même importants, en quelques secondes : un liquide composé de fragments de protéines (peptides) est appliqué sur la blessure ouverte. Ces nanoparticules se combinent, forment une barrière et jugulent l’hémorragie. Les protéines peuvent alors être utilisées par l’organisme pour réparer les tissus endommagés. “Ces équipements pourront aussi être utilisés par les équipes de secours, de première urgence, de pompiers”, souligne M. Hadley.

Le contrat gouvernemental de cinq ans, qui expire l’an prochain, devrait être reconduit et les premières applications des découvertes faites à l’Institut devenir opérationnelles avant dix ans.

Institute for Soldier Nanotechnologies Cambridge, Etats-Unis

Eric Leser (à New York)

EU, USA, and China - on research and development

L’Europe décroche
LE MONDE | 05.12.06 | 14h43 • Mis à jour le 05.12.06 | 14h53

Les statistiques et les études se succèdent et font le même constat alarmant : l’Europe décroche en matière de recherche-développement (R & D). Les autorités communautaires, comme les gouvernements nationaux, ont peut-être pris conscience de l’enjeu de la “guerre des cerveaux” qui se joue avec la mondialisation : dès l’année 2000, le rattrapage du retard européen était inscrit dans l’Agenda de Lisbonne pour faire de l’Union “l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde d’ici à 2010″. Mais rien n’a été fait depuis.

L’OCDE a souligné à son tour, lundi 4 décembre, que les dépenses s’accélèrent partout dans le monde, y compris dans les pays émergents. La Chine va doubler cette année le Japon en matière de dépenses de R & D, alors que ce pays fait des efforts très soutenus. Les Etats-Unis, numéro un, accroissent leur budget de 4 %. L’Union européenne n’avance qu’à un rythme deux fois moindre : + 2,3 %. En France, la part de la recherche dans le PIB a même diminué en 2003 et 2004. Un léger réveil semble avoir eu lieu ces deux dernières années, tant du côté des entreprises que des Etats, mais l’Union reste très loin du compte.

Le décrochage est le même concernant les effectifs de scientifiques. L’agenda de Lisbonne avançait le chiffre d’un supplément de 700 000 chercheurs d’ici à 2010. Cet objectif sera loin d’être atteint, selon l’OCDE, alors que les départs en retraite vont accroître encore les besoins : “En Autriche, en France, en Suède, 40 % à 55 % des chercheurs ont plus de 55 ans.”

Que faire ? Voilà longtemps aussi que la réponse est connue. Un rapport remis par Esko Aho, premier ministre finlandais, au début de l’année, traçait les pistes : harmoniser les marchés et les normes qui restent disparates, notamment dans la pharmacie, encourager la mobilité des chercheurs entre le secteur public et le secteur privé, réviser le pacte de Lisbonne pour “communautariser” la R & D et remonter des financements à Bruxelles. Cela impose de rompre avec le paradigme actuel qui est de laisser chaque Etat membre agir à sa guise en se contentant d’effectuer des comparaisons “stimulantes” entre les Vingt-Cinq.

Comment trouver les financements pour enfin passer la R & D de 2 % à 3 % du PIB européen ? Augmenter le budget européen ? Tous les pays s’y refusent. Sortir ces dépenses du pacte de Maastricht, comme certains le proposent en France ? Les autres pays refusent. Prendre sur les crédits de la politique agricole commune (PAC), qui absorbe encore 40 % du budget communautaire, alors que ceux de la recherche ne représentent que 6 % ? C’est la France qui refuse qu’on touche à la PAC. L’Europe de la technologie et de l’innovation tourne en rond, enlisée, alors que les autres accélèrent.

The Hasting Center Report - New Issue (Nov.-Dec., 2006)

A leading reflection on bioethics:

http://www.thehastingscenter.org/publications/hcr/hcr.asp

STEM CELLS Hasting Center - Bioethics Forum

Fox and Stem Cells: Part of a Long History
BY BARRON H. LERNER
Wednesday, November 22, 2006

The recent ruckus over Michael J. Fox’s advocacy of stem cell research has emphasized his supposed use of illness for political gain. Conservative critic Rush Limbaugh went so far as to accuse Fox of exaggerating his symptoms of Parkinson’s disease in pursuit of his political cause.

But lost in this controversy are a series of trickier – and arguably more interesting – issues. Just how is Michael J. Fox doing? Is his Parkinson’s really that bad? Is his advocacy of stem cell research for himself and other patients an idea whose time has come or the act of a desperate patient? And how does his celebrity status affect how we understand the disease he has?

Fox is not the first celebrity patient to become involved in debates over the treatment of Parkinson’s. In researching my new book, When Illness Goes Public: Celebrity Patients and How We Look at Medicine, I discovered the story of Margaret Bourke-White, the renowned photographer for Life Magazine and other publications. Bourke-White, whose deft fingers had snapped pictures of the survivors of Buchenwald and of Mohandas Gandhi in the hours before his assassination, began feeling stiffness in her hands and legs in 1954 when she was 49. Within four years she had twice undergone experimental brain surgery, specifically the insertion of alcohol to purposely damage a portion of the brain known as the thalamus.

Bourke-White went public with her treatment in the pages of Life in 1959 in an article entitled “Famous Lady’s Indomitable Fight.” As a result, she became a source of information and inspiration for other Parkinson’s patients around the world. “The doctors here say there is no cure,” a West Virginia woman told her, “but your story made me believe there is some help and hope.” Bourke-White, however, spent the rest of her life debating whether the operation, which had initially seemed so promising, had actually been of value for her or for other patients with whom she corresponded. Subsequent studies showed that it did not reliably relieve symptoms.

Although Bourke-White was not embarrassed about her looks when she first got sick, her public appearances became fewer and fever as her disease progressed. This is hardly surprising. The most visible “celebrity patients” have always been those “doing well” or those who have recovered from their disease, such as Betty Ford (breast cancer), Magic Johnson (AIDS) or Lance Armstrong (testicular cancer). There have been a few celebrities willing to go public as they worsened, most notably the actors William Talman and Yul Brynner, both of whom made anti-smoking public service announcements as they were dying from lung cancer.

Fox’s recent appearances, therefore, are relatively remarkable given that he was not ashamed to show how seriously ill he apparently is. Whether his severe body swaying and jerking motions, which knocked off his microphone on the Today show, are due to inadequate medications (as suggested by Limbaugh), too much medication (as suggested by Fox) or just a rotten case of Parkinson’s is not entirely clear. But Fox is to be commended for not hiding behind the reality of his illness.

And it is clearly his severe Parkinson’s, more so than any overtly political agenda, that has made him such a strong advocate of stem cell research. In this sense, Fox resembles hundreds of other celebrity patients whose diseases have led them to become public spokespeople and advocates for more research funding and innovative treatments. Will stem cells prove to be a false hope, like Margaret Bourke-White’s brain surgery? Or will they produce great advances in a disease that is still relentlessly progressive?

Of course, it is politics that will determine whether or not we ever get answers to these medical questions.

Les nanotechnologies entre craintes et espoirs

Les nanotechnologies entre craintes et espoirs, par Jérôme Fenoglio
LE MONDE | 29.06.05 | 13h17 • Mis à jour le 05.12.06 | 13h46

Surtout ne pas répéter le désastre des OGM. Ne pas se laisser enfermer dans un dialogue de sourds qui a fini par tourner à l’affrontement, entre le ressassement des craintes, justifiées ou irrationnelles, et le dogme des bienfaits, fondés ou exagérés. Tel semble devenu, ces derniers temps, le principal souci des acteurs des nanotechnologies, qui explorent la possibilité de créer des objets ou des machines de l’ordre du milliardième de mètre.

Le forum public “Sciences et démocratie”, organisé les 16 et 17 juin par la communauté d’agglomération grenobloise, vient de le souligner : scientifiques, industriels et pouvoirs publics réalisent peu à peu qu’il vaut mieux traiter les questions soulevées par le basculement de la technique dans le monde de l’atome en amont plutôt qu’en aval des remous d’opinion. Ce faisant, ils donnent parfois l’impression de chercher à remonter un courant qu’ils ont eux-mêmes alimenté pour attirer les capitaux, en vantant les futurs exploits d’une discipline encore embryonnaire. Des inquiétudes exagérées ont pu naître de ces enthousiasmes démesurés.

Pour les apaiser, les chercheurs n’hésitent plus à reconnaître que les nanotechnologies sont encore à conjuguer au futur. Même sur les microsystèmes — de l’ordre du millionième de mètre — censés être plus avancés, tels ces laboratoires de diagnostics qui tiendraient sur des puces infimes, le responsable des programmes de ce type appliqués à la biologie du CEA à Grenoble, Claude Vauchier, estime : “O n n’a pas encore mis grand-chose sur la table. N ous butons sur le coût des produits, encore trop élevé pour les proposer sur le marché . Les nanotechnologies, c’est la suite. Mais il vaut mieux se poser les bonnes questions, anticiper sur les dérives possibles, avant l’explosion prévisible.”

Ces questions ne sortaient pas d’un cercle de scientifiques initiés jusqu’à ce que des organisations non gouvernementales, principalement américaines, ou des personnalités aussi diverses que le prince Charles ou le romancier à succès Michael Crichton leur donnent un écho beaucoup plus large. De taille infime, donc invisibles, peut-être un jour autonomes, donc potentiellement incontrôlables, les microsystèmes ou les futures créations des nanotechnologies soulèvent des débats sur les libertés publiques. Ainsi les étiquettes à radio-fréquences, qui succéderont aux codes-barres, sont susceptibles de délivrer à notre insu des informations sur nos habitudes de consommation.

La principale crainte porte sur la toxicité potentielle des nanomatériaux. Des expériences ont montré que leur taille infime pourrait leur permettre de s’insinuer dans les organismes vivants, en franchissant, par exemple, les barrières de protection des bronches ou des poumons. Des chercheurs américains viennent de découvrir que des nanoparticules appelées fullerènes peuvent, dans certaines conditions, être dissoutes dans l’eau, où elles deviennent toxiques pour les bactéries. Cette propriété jusque-là inconnue aurait des effets néfastes sur les écosystèmes, qui restent à étudier. L’hypothèse d’un anéantissement de toute vie sur Terre par des nanorobots autoréplicants a également été avancée dans des spéculations qui tiennent à ce jour de la science-fiction.

RECOMMANDATIONS FORMULÉES

Comment faire la part des craintes justifiées et des fantasmes ? Comment concilier précautions et liberté de recherche ? Outre-Manche, l’expression publique des inquiétudes du prince Charles a conduit le gouvernement à demander un rapport sur les risques des nanotechnologies aux autorités suprêmes de la recherche, la Royal Society et la Royal Academy of engineering. Remis en juillet 2004, ce document demande la mise en place d’un centre de recherche interdisciplinaire, capable de préciser les risques, l’instauration d’un large débat public et une sensibilisation des chercheurs à ces questions éthiques. Dans sa réponse du 25 février, le gouvernement semble adhérer à la plupart des recommandations formulées. Au grand dam des académiciens, il n’a toutefois pas choisi de financer les recherches permettant de mieux cerner les périls éventuels.

Aux Etats-Unis, en revanche, l’argent ne manque pas. Le budget de la National Nanotechnology Initiative (NSI) a fortement augmenté depuis son lancement, dernier geste de la présidence de Bill Clinton. “Le but est de faciliter et d’accélérer le développement de ces technologies, en les faisant mieux connaître, pas du tout de susciter des débats en invitant l’opinion à se poser des questions”, expliquait ainsi Bernadette Bensaude-Vincent, philosophe et historienne des sciences à Paris-X et membre du comité d’éthique du CNRS, lors d’un séminaire, en mai, à l’initiative du groupe éthique de l’Institut national polytechnique de Grenoble (INPG). Les risques ne sont pas passés sous silence, mais la finalité des recherches n’a pas vocation a être remise en cause.

“Entre la prévention et les débats britanniques, et la communication à l’américaine, la France s’est longtemps contentée d’une politique frileuse, déplore Mme Bensaude-Vincent. Jusqu’à très récemment, la position officielle se résumait à une volonté générale de rassurer, en banalisant les risques et en niant toute urgence de se saisir de ces questions.” Des prises de conscience ont eu lieu localement, en partie sous l’effet des contestations. C’est le cas de l’un des lieux de recherche les plus en pointe en France dans ce secteur, Grenoble, où les collectivités territoriales s’engagent dans la voie du débat public et où l’INPG cherche à ouvrir ses futurs ingénieurs à ces questions.

Depuis quelques mois, des initiatives nationales ont aussi fini par être prises. Le CNRS et le CEA ont finalisé, en mai, la création d’un Observatoire commun des nanotechnologies. Le comité d’éthique du CNRS a, lui, choisi de s’autosaisir en vue de la rédaction d’un avis sur ces questions. Peu à peu, des réflexions se mettent en place pour que les chercheurs, selon l’expression de Mme Bensaude-Vincent, “voient plus loin que le bout de leur biopuce” .
Jérôme Fenoglio

Des nanopuces qui font peur

Des nanopuces qui font peur
LE MONDE | 16.05.06 | 15h21 • Mis à jour le 05.12.06 | 13h47

“Fermez Minatec !” Avec ce mot d’ordre radical, des activistes, regroupés en “Opposition grenobloise aux nécrotechnologies”, appellent à une manifestation nationale, jeudi 1er juin, contre le futur pôle de micro et nanotechnologies. “Minatec, accusent-ils, servira à fabriquer les nouvelles armes du futur (robots de combat, missiles intelligents), les nouveaux outils de contrôle social (micropuces, vidéosurveillance intelligente), des nanoparticules toxiques, des organismes atomiquement modifiés pour l’agriculture.” Et de refuser “la technification du monde imposée aux populations”, dont les conséquences deviennent “de plus en plus folles”.

Ces opposants reprochent au CEA et à Minatec leurs liens avec la recherche militaire. “La défense ne finance que quelques pour cent de nos activités, sur la détection infrarouge et la lutte contre le terrorisme NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique)”, assure la direction du centre. Elle reconnaît, toutefois, que “toutes (ses) recherches peuvent trouver des applications en défense”.

Les contestataires s’inquiètent aussi de l’éventuelle toxicité des nanoparticules, susceptibles de s’accumuler dans l’environnement, la chaîne alimentaire et l’organisme. Autre crainte, celle d’un “puçage” généralisé - des objets, des animaux et, demain peut-être, des humains - menaçant les libertés individuelles et la vie privée.

Le risque ultime, redoutent certains, serait que les nanomachines créées par l’homme ne deviennent, un jour, capables de se répliquer elles-mêmes, hors de tout contrôle. Un tel scénario paraît relever de la science-fiction. Pourtant, les chercheurs développent des puces électroniques faisant appel aux capacités d’”auto-assemblage spontané” de molécules. Et, prédit Jean Therme, directeur du CEA de Grenoble, “ce que la nature a fait en plusieurs milliers d’années, nous le réaliserons dans des temps très courts. On pourra “apprendre” aux atomes à s’organiser entre eux pour travailler ensemble sous le contrôle… d’autres atomes”. Au choix, un rêve ou un cauchemar.
Pierre Le Hir

Les dangers des nanoparticules sont encore mal connus

Les dangers des nanoparticules sont encore mal connus
LE MONDE | 05.12.06 | 13h47 • Mis à jour le 05.12.06 | 13h50

Faut-il avoir peur d’entrer dans la civilisation du nanomonde ? Depuis quelques mois, rapports d’experts et articles scientifiques se multiplient, qui pointent les dangers, pour la santé et l’environnement, de la fabrication et de l’utilisation d’objets de taille nanométrique.

L’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset) estimait, en juin, que “les études toxicologiques, in vitro et chez l’animal, sont encore très peu nombreuses mais établissent l’existence de risques potentiels de toxicité”. Début juillet, le Comité de prévention et de précaution (CPP), placé auprès du ministre chargé de l’environnement, mettait en garde : “De multiples arguments indiquent l’existence d’une réactivité particulière des nanoparticules en rapport avec leur très petite taille. Cette réactivité cellulaire et tissulaire peut constituer un danger pour l’homme si celui-ci est exposé par inhalation, ingestion ou passage transcutané.” En octobre, c’était au tour du comité d’éthique du CNRS de prôner une “vigilance éthique et sociale”.

Micro ou nano. Alors que les microtechnologies cherchent à ciseler la matière de façon toujours plus fine, par exemple pour la fabrication de circuits intégrés, les nanotechnologies - du grec nannos (nain) - partent des atomes pour les assembler entre eux. On parle de nanomatériaux jusqu’à la taille de 100 nanomètres, soit 100 milliardièmes de mètre.

Naturelles ou artificielles. Les nanoparticules sont présentes en abondance dans notre environnement, qu’elles soient d’origine naturelle (volcanisme, incendies, érosion, embruns) ou artificielle (industrie, combustion automobile).
La toxicité de certaines nanoparticules artificielles - telles que les particules diesel - est établie.

C’est que les nanotechnologies ne sont plus cantonnées aux salles blanches des laboratoires. On trouve déjà - sans presque jamais le savoir - des nanoparticules dans de multiples objets ou produits de notre environnement quotidien : des nanotubes de carbone (cent fois plus résistants et six fois plus légers que l’acier) dans les raquettes de tennis et les vélos, des nanoparticules de dioxyde de titane dans les peintures et les crèmes solaires, de noir de carbone dans les pneumatiques, de cérine dans les carburants, de silice dans les vernis des automobiles ou produits lave-vitres, d’argent dans certains cathéters médicaux…

Les fabricants de textiles modifient leurs fibres à l’échelle nanométrique pour leur conférer des propriétés anti-taches, les rendre infroissables ou améliorer leur confort thermique. Des firmes agroalimentaires commercialisent des nanocapsules permettant une meilleure diffusion des nutriments dans les tissus humains. L’industrie pharmaceutique cherche à améliorer l’absorption et l’efficacité de médicaments par une granulométrie nanométrique. “Entre 500 et 700 produits disponibles dans le commerce contiennent des nanoparticules”, estime Patrick Brochard, toxicologue au CHU de Bordeaux et membre du CPP. Et le marché est appelé à exploser dans les prochaines années.

Tout le problème vient de la très petite taille des particules en jeu. A l’échelle du nanomètre - un milliardième de mètre, soit dix fois la taille d’un atome -, on entre dans un nouvel état de la matière, aux propriétés chimiques, électriques et magnétiques radicalement neuves. La proportion d’atomes disposés à la surface d’un objet ou d’un composant nanométrique est naturellement plus élevée que pour un objet de taille supérieure. Et ces atomes de surface, qui ne sont pas liés à d’autres atomes, sont plus réactifs. C’est précisément ce qui confère aux nanoéléments les propriétés - dureté, résistance, adhésion ou répulsion… - recherchées par les industriels.

Or ces minuscules particules peuvent franchir des barrières corporelles réputées inviolables : la barrière alvéolocapillaire, la barrière hématoencéphalique, voire la barrière placentaire. “Le dioxyde de titane de certains produits cosmétiques par exemple, habituellement considéré comme amorphe, devient réactif en dessous de 100 nanomètres. S’il pénètre sous la peau, il provoque un stress oxydant des cellules qui entraîne une réaction inflammatoire des tissus”, décrit Patrick Brochard. Des nanoparticules inhalées peuvent “se déposer au fond de l’appareil respiratoire, passer dans le sang et se diffuser dans tout l’organisme”.

Même si les études scientifiques sont encore très lacunaires, des expériences menées sur des souris font apparaître des réactions inflammatoires des poumons, des parois des vaisseaux sanguins et du cerveau. “Ces résultats ont été obtenus avec des concentrations de nanoparticules beaucoup plus élevées que celles auxquelles l’homme est susceptible d’être exposé, précise le toxicologue. Il est donc impossible d’affirmer qu’il existe un risque sanitaire. Mais, en extrapolant de l’animal à l’homme, on peut être inquiet.”

La même inquiétude prévaut s’agissant de la dissémination de ces particules dans les écosystèmes. Plutôt qu’un moratoire, chercheurs et experts préconisent un encadrement strict de ces nouvelles filières industrielles, assurant la traçabilité des nanomatériaux, depuis leur fabrication jusqu’à leur élimination.

Dans la revue Nature du 16 novembre, une quinzaine de scientifiques énoncent plusieurs “grands défis” à relever pour promouvoir des “nanotechnologies responsables”. Ils préconisent le développement d’instruments de mesure de l’exposition aux nanomatériaux présents dans l’air et l’eau, de méthodes d’évaluation de leur toxicité, ainsi que de modèles prédictifs de leur impact sur l’environnement et la santé humaine. Autant dire que tout reste à faire.

Pierre Le Hir

Forthcoming books - Abortion and Cloning

Great review by Wilfred M. McClay on:
http://www.thenewatlantis.com/archive/14/mcclay.htm